lundi 29 juin 2009


Des scènes de guerre» à Téhéran ?
De violents affrontements ont opposé manifestants et forces de police hier, selon la presse britannique et américaine. Moussavi se dit «sous pression» pour retirer sa plainte.
344 réactions
Libération.fr
Photo reçue le 23 juin 2009 d'un partisan de Moussavi blessé le 19 juin lors de heurts à Téhéran. (© AFP photo AFP)







-->
Il est difficile actuellement d'avoir des informations fiables et vérifiées sur la situation à Téhéran, la capitale iranienne. Mais selon plusieurs médias britanniques et américains, qui s'appuient sur des témoignages recueillis sur place, des centaines de manifestants se sont de nouveau opposés hier aux forces de police.
Ces affrontements, décrits comme des «scènes de guerre», ont eu lieu sur la place Baharestan, près du Parlement. D'après des témoins interrogés par le Guardian, des hélicoptères tournoyaient dans le ciel, tandis que la police et des hommes armés non identifiés frappait les manifestants.Les rapports officiels font état de 17 tués depuis le début des protestations, mais ce chiffre pourrait être bien plus élevé selon CNN, qui parle de 150 morts. Plusieurs médias iraniens estiment qu'au moins 140 hommes politiques, universitaires, étudiants et journalistes iraniens sont sous les verrous. De nombreuses personnes ont semble-t-il été arrêtées dans des villes de province comme Tabriz et Shiraz.
«Sous pression»
Le principal opposant à Mahmoud Ahmadinejad, le réformateur Mir Hossein Moussavi, s'est dit ce jeudi sur son site Internet «sous pression» pour retirer sa demande d'annulation de la présidentielle du 12 juin. L'autre candidat réformateur, Mehdi Karoubi, aurait pour sa part été dissuadé de maintenir une cérémonie de deuil prévue ce jeudi. Elle pourrait avoir été repoussée à la semaine prochaine. Karoubi a toutefois maintenu qu'il considérait le résultat du 12 juin comme «illégitime», demandant son «annulation».
Mais en dépit de cette féroce répression, des dissensions importantes continuent d'apparaître à l'intérieur du régime iranien, face au «coup d'Etat» effectué par Mahmoud Ahmadinejad et ses partisans ultras. Le grand ayatollah dissident Hossein Ali Montazeri a ainsi mis en garde le pouvoir iranien contre la répression des protestataires. «Si le peuple iranien ne peut pas revendiquer ses droits légitimes dans des manifestations pacifiques et est réprimé, la montée de la frustration pourrait éventuellement détuire les fondations de n'importe quel gouvernement, aussi fort soit-il», a expliqué ce haut dignitaire du clergé chiite iranien, tout en appelant ses compatriotes à continuer leur mobilisation.
Par ailleurs, la BBC explique que plus de 100 parlementaires iraniens ont repoussé une invitation de Mahmoud Ahmadinejad les enjoignant à célébrer sa victoire.






Dans une vidéo, Ahmadinejad annnonce «un grand bouleversement sur la planète»
ARTICLE + VIDEO
Une vidéo représentant Mahmoud Ahmadinejad en compagnie de l'ayatollah Mesbah-Yazdi, le 13 juin dernier, a été mise en ligne aujourd'hui sur les comptes Facebook et Dailymotion de Bernard-Henri Lévy.
484 réactions
Libération.fr
Capture d'écran de la vidéo de Mahmoud Ahmadinejad, présentée comme datant du 13 juin 2009. (DR)







-->
Le philosophe Bernard-Henri Lévy (par ailleurs actionnaire de Libération et très engagé pour la défense des manifestants iraniens) a mis en ligne peu avant midi une vidéo sur le site de partage Dailymotion. «Ce document vidéo est tout à fait extraordinaire, explique «BHL». Il représente Mahmoud Ahmadinejad, à Qom, en compagnie de son mentor, l'Ayatollah Mesbah Yazdi, ainsi que d'un cénacle d'élèves et de fidèles. (...) Elle daterait du 13 juin 2009 soit le lendemain de la victoire supposée de Mahmoud Ahmadinéjad». Au cours des onze minutes que dure la vidéo, on voit une vingtaine d'hommes autour d'une table, avant que l'image ne se fixe sur Ahmadinejad.
Bernard-Henri Lévy confie avoir reçu la vidéo le mercredi 24 juin par l'intermédiaire de l'écrivaine iranienne Fariba Hachtroudi. «Le ton et ce que l'on m'en a traduit m'a tout de suite semblé glaçant. Comme Fariba m'a dit qu'elle avait des difficultés à la rendre publique, j'ai décidé de la publier, moi-même, sur ma page Facebook.» Il se dit également inquiété par le «côté illuminé du personnage d'Ahmadinejad, son fanatisme tranquille et sa certitude de n'être qu'aux débuts de son aventure politique.»Dans l'extrait vidéo de la réunion, et selon la traduction fournie, Ahmadinejad tient un discours assez général, portant sur la République islamique ainsi que des aspects religieux et politiques. Il estime notamment qu'un «nouveau bouleversement a commencé». Et le président iranien de poursuivre son propos: «L'occasion de réaliser tout ce que nous disions et désirions est à portée de main aujourd'hui (...). Inch Allah, ce sont les prémices d'un grand bouleversement sur la planète (...). Nous pourrons alors aller vers la concrétisation opérationnelle de nos points de vue et répandre la culture islamique».
Dékhomeiniser le régime
Selon le philosophe, la vidéo est sortie «clandestinement d'Iran», via Internet. La fiabilité du document, qui circule depuis plusieurs jours sur Internet, semble établie. Bernard-Henri Lévy explique «avoir plutôt le sentiment que les images ont été filmées à l'insu des autres participants». Une hypothèse qui reste à vérifier dans la mesure où il s'agit de fidèles d'Ahmadinejad. L'auteur du film est inconnu. «On ignore qui a capturé ces images, puis a choisi de les diffuser, mais il s'agit, à l'évidence, de personnes issues de ce cénacle même (peut-être un téléphone portable ?)», complète Bernard-Henri Lévy.
Comme l'expliquait Libération il y a deux jours, l'ayatollah Mohammed Mesbah-Yazdi est le «mentor» et le «référent religieux» de Mahmoud Ahmadinejad. Il est tellement extrémiste qu'il n'était guère aimé de l'imam Khomeiny, ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de diriger, dans la ville sainte de Qom, la fondation qui porte son nom. Mesbah-Yazdi veut remplacer le concept de république islamique par celui de houkoumat islami, soit un gouvernement islamique pur et dur, où toute autorité émanerait de Dieu. On accuse dès lors Ahmadinejad et Mesbah-Yazdi de vouloir «dékhomeiniser» le régime. Pour atteindre ce but, Ahmadinejad est l'homme idéal: il est à la fois convaincu par les idées de Mesbah-Yazdi et un ancien Gardien de la révolution.

En Iran, le martyr est aux fondements de la légitimité patriotique»
INTERVIEW
La mort de Neda, une jeune iranienne, est devenue le symbole à travers le monde des victimes de la répression du régime. Yann Richard, professeur à la Sorbonne Nouvelle, décrypte cette image du martyr.
80 réactions
Recueilli par SYLVAIN MOUILLARD
Image tirée d'une vidéo postée sur le site YouTube, et identifiant la victime comme "Neda" (© AFP photo AFP)







-->
En quelques heures, la vidéo (attention, ces images peuvent être choquantes) de la mort de Neda Soltani fait le tour du monde. Cette jeune iranienne de 26 ans, étudiante en philosophie, est tuée samedi à Téhéran lors des manifestations contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Touchée par un tir à la poitrine, Neda meurt quelques instants plus tard, dans les bras de son père. Les images de sa mort, très crues, deviennent le symbole de la répression. Sur Internet, les hommages à Neda se multiplient. En Iran, le nom de la jeune femme devient le cri de ralliement des opposants, qui brandissent son portrait lors des manifestations de lundi.Neda est-elle devenue une martyre? Que signifie ce terme? Libération.fr a demandé à Yann Richard, professeur à la Sorbonne Nouvelle et auteur de «Iran: naissance d'une république islamique», de répondre à ces questions.Quel est l'origine de l'image du martyr, très forte dans l'islam chiite (la religion majoritaire en Iran)?Le chiisme est fondé sur le martyre de l'Imam, comme la rédemption dans le christianisme, fondée sur la Passion du Christ. Cela remonte au massacre de l'imam Hussein à Karbala, dans le sud de l'Irak en 680 de notre ère. C'est l'épisode fondateur du chiisme, branche minoritaire de l'islam, réprimée par la majorité sunnite. Les chiites, pour accéder au salut, doivent participer par le deuil et les pleurs avec le martyr et partager son sacrifice rédempteur.Quelle est la place du martyr en Iran?C'est aux fondements de la légitimité patriotique de la République islamique, notamment avec la guerre Iran-Irak dans les années 80. Beaucoup de jeunes militants (entre 350.000 et 400.000 personnes) ont donné leur vie. La mémoire de ces martyrs est constamment réaffirmée pour recentrer l'idéologie qui est à l'origine du régime. Le premier massacre de la révolution a eu lieu le 8 janvier 1978 à Qom, quand les troupes du Shah ont tiré sur la foule. Le deuil, porté le 8e et le 40e jour après la mort, a fonctionné comme un relais symbolique puisque des nouvelles manifestations ont eu lieu pour rendre hommage aux martyrs. En quoi la mort de Neda participe-t-elle de cette tradition?C'est très significatif de l'état d'esprit iranien, où ce genre de commémorations a un impact psychologique très intense. A la fin de son prêche, vendredi dernier, le Guide Khamenei a dit qu'il pouvait aller au martyre pour défendre le régime. Le lendemain, Moussavi a affirmé lui aussi qu'il était prêt au martyre et qu'il défendrait la justice. La mort de Neda est réinterprétée dans cette tradition dramatisante. C'est d'autant plus fort qu'il s'agit d'une femme. En outre, le fait qu'un jeune homme se présente comme son fiancé a renforcé la portée de cette mort: Neda a fait le sacrifice de son amour. On peut aussi noter que les jeunes qui manifestent en Iran ne sont pas animés de sentiments religieux débordants, mais ils ne se situent pas en dehors de l'islam. Ils réutilisent le vocabulaire de leurs adversaires.De manière générale, le martyr est-il souvent utilisé dans l'islam?
Dans l'islam, on ne parle pas de «victime de guerre», mais de «martyr de guerre». Il y a une sacralisation beaucoup plus forte de la mort au combat. Certains voient dans le martyrisme une sorte de justification du terrorisme, par un effet d'entraînement, comme en Palestine. Quand une société est bloquée, on a tendance à prendre le suicide et le don de sa vie comme quelque chose qui va faire avancer sa cause.




Nous sommes tous des Iraniens
4 réactions
Par TEWFIK ALLAL éditeur







-->
Le sort des Iraniens nous concerne tous, intensément. En ce moment, en Iran, se découvre, sous la figure de l’insurrection, une expérience de liberté politique de premier ordre. Comment ne soutiendrions-nous pas les voix s’opposant à celui qui a dit que «le peuple n’a pas fait la révolution pour introduire la démocratie» ?
L’Iran a été toujours été un laboratoire, un précurseur, et donc, pour nombre de démocrates arabes, un champ d’observation privilégié : déjà, avec Mossadegh, la nationalisation du pétrole précéda les décisions de Nasser de nationaliser le canal de Suez. L’Iran a produit la première révolution mettant des islamistes au pouvoir, à la différence des Frères musulmans qui n’ont jamais détenu de pouvoir d’Etat. L’Iran nous a confrontés à un paradigme politique nouveau qui appelle réflexion et que l’on interroge encore : qu’est-ce qu’une révolution religieuse ? Qu’est-ce que ce populisme ? Quel lien entretient-il avec le fascisme ? Comment les islamistes opèrent-ils une fois au pouvoir ?
La gauche, les gauches, ont parfois sous-estimé les islamistes, les mollahs, en arguant de l’incompétence de ces derniers à gouverner. Par leur alliance avec les technocrates, qui trop souvent se rallient à l’islamisme, les mollahs ont modernisé l’Iran. Si l’on met à part l’expérience soviétique, on est là encore confronté à un modèle de modernisation autre, un schème opposé à celui imposé par Ataturk, mimétique de l’Occident, qui est partout mis en avant. Le pouvoir islamiste a su donner à la société iranienne les moyens de sortir du sous-développement (pensons notamment à la scolarisation massive des filles) et a favorisé par là même un puissant courant réformiste, y compris en son sein, que l’on voit ressurgir aujourd’hui.
Khatami a été à la pointe de ce courant, mais son action fut combattue, autant à l’intérieur, par les conservateurs, qu’à l’extérieur, par les néoconservateurs américains, du fait de l’aveuglement de George W. Bush. Ahmadinejad est la résultante de cette double pression. Maintenant qu’Obama ouvre le jeu, et que la société iranienne réclame les droits et les libertés qui n’ont jamais accompagné la modernisation, les mollahs se sentent menacés dans leur existence, comme le montre le discours de Khamenei, larmoyant et féroce. Et ils posent le problème de leur survie politique en termes d’ultranationalisme : par la voie du nucléaire. Or, s’il y a une région qui doit absolument être dénucléarisée, c’est bien celle du Moyen-Orient.
La fraude électorale et le mensonge d’une fraction des mollahs sont les prémisses d’une guerre destructrice. Le «Vive la mort» et la fraternité virile des pasdarans ne doivent plus avoir cours, les voiles sont presque tombés, la communauté internationale a cessé d’être menaçante pour l’Iran : il faut soutenir tous ceux qui veulent sortir ce pays des cycles du deuil, de la violence martyrologique et de la tentation manichéenne. Les soutenir, et non les précéder, en une sorte d’avant-garde autoproclamée. Le mouvement a sa dynamique et son intelligence, inventant ses mots d’ordre, ses slogans, ses objectifs. Il ne nous appartient pas de les lui souffler du dehors, mais de nous en faire l’écho et de favoriser l’union qui est la marque de toutes les luttes populaires dignes de ce nom : pacifiques, raisonnées, déterminées.
Iran, un coup d’Etat préparé
1 réaction
Par MICHEL MAKINSKY chargé d’enseignement à l’école supérieure de commerce de Poitiers, conseiller scientifique à l’université de Liège.







-->
Le bouclage des organisations politiques iraniennes dès l’annonce des résultats, les arrestations, les démonstrations de force des services sécuritaires, y compris en province, la mise en place de dispositifs isolant le ministère de l’Intérieur, la fermeture de sites, l’interruption de YouTube… montrent que le pouvoir avait anticipé de vives réactions devant des résultats peu crédibles. Déclarer, avant la fin du dépouillement, que Mahmoud Ahmadinejad avait gagné avec plus de 62 % des voix sur son rival Hossein Moussavi atteste que le sort des urnes était fixé par avance. En félicitant le vainqueur avant la validation du scrutin par le Conseil des gardiens, le guide Khamenei a précipitamment couvert l’opération de son autorité religieuse. Bien des symptômes indiquent une opération planifiée de longue date : un «coup» d’Etat, car il s’agit bien d’une confiscation du pouvoir.
Cette conquête fut initiée dès les municipales de 2003 puis aux législatives de 2004 : premier coup de force où le Conseil des gardiens de la Constitution écarta massivement les candidats réformateurs, enfin avec la victoire d’Ahmadinejad aux présidentielles de 2005. Les législatives de mars 2008 donnent la victoire aux conservateurs divisés en deux clans dont l’un, dit «pragmatique», animé par Ali Larijani, président du Parlement, conteste l’action d’Ahmadinejad. Le régime a tiré les leçons de l’échec retentissant de décembre 2006 lors de l’élection de l’Assemblée des experts qui a le pouvoir de renvoyer le Guide, et dont Hachemi Rafsandjani est élu président, en plus de sa présidence du Conseil du discernement. Un plan est mis en place pour une réélection d’Ahmadinejad qui reçoit l’appui officiel du Guide. Mohammed Qalibaf, maire de Téhéran, se présente, puis se retire. Il aurait reçu des menaces de révélations sur son entourage. Il risquait de récupérer des voix chez les pasdarans. De plus, son alliance tactique avec Larijani contrariait le pouvoir. Le retrait de Mohammed Khatami a été obtenu aisément. Averti qu’en cas d’élection il serait bloqué au Majlis [Parlement iranien, ndlr] et par tout l’appareil d’Etat, il ne lui restait plus qu’à renoncer. Le quotidien Kayhan va jusqu’à diffuser des menaces physiques à peine voilées contre lui.
Le camp réformateur savait que le risque de fraudes était important. La hiérarchie bassij [miliciens islamistes, ndlr] avait officiellement annoncé sa forte «implication» dans le déroulement des élections. Des personnels du ministère de l’Intérieur ont même explicitement désapprouvé le fait qu’on leur impose la contribution de «personnes extérieures» dans le contrôle du dépouillement. Face à cela le camp réformateur veut détacher des observateurs dans les lieux de vote. Beaucoup n’y parviendront pas. Plusieurs millions de documents frauduleux ont été imprimés, la mobilisation bassij sur les lieux de scrutin a atteint des proportions inédites. Le personnel du ministère de l’Intérieur a même révélé que l’ayatollah Yazdi avait émis une fatwa (décret religieux) prescrivant de «corriger» les décomptes. Les observateurs n’ont souvent pas pu accéder aux bureaux de vote, car certains ont été déplacés ou isolés. La nature caricaturale des résultats (des chiffres un peu inférieurs et la nécessité de deux tours auraient donné un zeste de crédibilité) révèle que le pouvoir ne se soucie pas des apparences. Le lissage uniforme des tranches de résultats, annoncés avant même la clôture des bureaux, le formatage des annonces des médias et les mesures policières confirment la préparation de ce qui ressemble à un coup d’Etat.
La première conséquence de cet épisode est que personne ne sait (malgré des fuites émanant du ministère de l’Intérieur créditant Moussavi d’une large victoire) quel est le vrai poids électoral d’Ahmadinejad, notamment ces électeurs sensibles au discours nationaliste ou bénéficiaires d’allocations et de prêts. La seconde est qu’en plaçant son autorité religieuse dans la balance, Khamenei a commis une erreur : transformer un contentieux électoral en contestation du régime. Derrière les slogans «à bas le tyran» (le Président), c’est la personne du Guide qui est visée. Les cris «Allah Akbar» des manifestants ne sont pas seulement un écho de la révolution de 1979, ils contestent l’usurpation de l’islam par le Guide. Son discours du vendredi proclamant la pérennité du «système islamique», écartant le spectre d’une «révolution de velours», accrédite la crise de régime. L’ampleur de la réaction populaire a surpris. Face à cela, Khamenei ferme les portes : refus d’annuler les élections, la victoire d’Ahmadinejad étant un fait acquis, le Conseil des gardiens pourrait juste «corriger quelques erreurs». En menaçant ses opposants, les manifestants potentiels, en félicitant les bassiji, en «offrant sa personne», le Guide révèle que le pouvoir est prêt à tout. La répression observée le confirme.
L’indignation de ceux qui se sentent insultés par cette confiscation cynique est durable. Les formes de lutte pourraient emprunter des voies diversifiées : grèves, désobéissance civile, passivité, etc. Ce scrutin a aussi révélé l’importance accrue des moyens de communication modernes : Internet, YouTube, Facebook, Twitter, SMS… Il est trop tôt pour connaître la stratégie de Moussavi et ses alliés : ils feront tout pour éviter les provocations. Il faudra suivre de près la posture de Rafsandjani au Conseil du discernement, mais surtout à l’Assemblée des experts. Va-t-elle admonester le Guide ? On a remarqué que des démarches discrètes ont été lancées auprès des grandes figures religieuses de Qom jusqu’à présent silencieuses, sauf à de rares exceptions comme Montazeri.
Cela étant, Ahmadinejad risque de retrouver vite au Majlis les conservateurs «pragmatiques» autour de son président Larijani. Le Président réélu ne devrait donc pas y jouir de jours tranquilles. Il pourrait tenter d’acheter le calme en procédant à diverses ouvertures au gouvernement. La suite de cette crise laisse la place à tous les scénarios possibles : enlisement, embrasement ou sortie en douceur. La communauté internationale a réagi avec prudence malgré les classiques accusations de «complot» brandies par le Guide. Définir une attitude sera difficile. Malgré cela, on ne saurait exclure la reprise de négociations sur les dossiers afghans, irakiens, et celui du nucléaire, auxquels le Guide a fait allusion.
La fausse victoire du Guide
14 réactions
Par BERNARD GUETTA Bernard Guetta est membre du conseil de surveillance de Libération.







-->
«On peut tout faire avec une baïonnette, disait Clemenceau, sauf s’asseoir dessus.» C’est ce bon sens que le Guide suprême iranien devrait aujourd’hui méditer car que peut-il faire de sa victoire ? En promettant, vendredi, un bain de sang à l’opposition iranienne, il l’a conduite à un recul. L’opposition a dû décommander les rassemblements auxquels elle avait appelé pour samedi mais, outre que des dizaines de milliers de personnes ne se sont, pourtant, pas laissé intimider, la contestation politique ne fait que s’élargir en Iran.
Bien que le Conseil des gardiens de la Constitution ait annoncé, hier, qu’il validerait les résultats proclamés, les deux candidats éliminés par la fraude, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ne s’inclinent pas. Malgré l’injonction du Guide, ils persistent à demander l’annulation du scrutin et ne sont pas seuls à le faire. L’Association des religieux combattants, le mouvement des mollahs réformateurs, l’a également fait lundi, en même temps que le Parti de la participation islamique, celui de la majorité parlementaire qui soutenait l’ancien président Khatami, et que l’Organisation des moudjahidin de la révolution islamique, mouvement implanté dans les services de sécurité et au sein même des Gardiens de la révolution, l’armée du régime.
«Et alors ?», diront tous ceux qui croient s’en tenir aux faits. Si nombreuses que soient les contestations, si importantes et convergentes soient-elles, il n’en reste pas moins, diront-ils, qu’Ahmadinejad entamera un second mandat et que son protecteur, le Guide, patron des forces armées et de l’appareil judiciaire, l’a donc emporté. Oui, c’est vrai. La force a parlé mais elle n’est pas seule à compter en politique. Si elle l’était, le Chah serait toujours au pouvoir, l’empire soviétique n’aurait pas éclaté et George Bush aurait gagné son pari irakien. On ne peut pas tout faire avec des baïonnettes car il y a des réalités, économiques, sociologiques et politiques, pour contrarier leur efficacité.
Au bout du compte, c’est ce temps long, moins voyant qu’une charge de police, qui vient toujours surprendre les réalistes et c’est pour cela que le président du Parlement iranien, Ali Larijani, déclarait dimanche, devant les députés, qu’une partie de la population ne croyait pas aux résultats officiels, qu’il y avait une crise de confiance dans le pays et qu’on ne pourrait pas la résoudre en se contentant de faire peur aux contestataires. Ancien président du Conseil de sécurité, protégé du Guide mais adversaire déclaré d’Ahmadinejad contre lequel il avait même envisagé de se présenter, Ali Larijani a pris date.
Conservateur mais lucide, il s’inscrit déjà dans les épisodes qui suivront car le petit clan des durs, ces conservateurs les plus obtus qui ont choisi de ne rien céder, va devoir faire face, maintenant, à un pays économiquement ruiné, sociologiquement dominé par les jeunes urbains et en rupture politique avec le régime.
Ce n’est pas la Chine de l’après Tien An Men que l’Iran évoque cette semaine. Les communistes chinois avaient, eux, une compensation à offrir à leur population, cette progression du niveau de vie, le beurre contre les libertés, dont les dirigeants iraniens n’ont aucunement les moyens à l’heure de l’écroulement des cours pétroliers et des sanctions de l’ONU. Si l’on devait comparer l’Iran à un autre pays, ce serait à la Birmanie, elle aussi seule contre le monde et contre sa population mais, contrairement au régime birman, le Guide ne bénéficie pas même du soutien déguisé de la Chine. Mis personnellement en cause par l’opposition, il est seul avec son clan, sans plus aucune légitimité populaire alors même que sa légitimité religieuse se fragilise puisque les grands ayatollahs ne se sont pas rués pour applaudir son coup de force, que le plus prestigieux d’entre eux, Hossein Ali Montazeri, a appelé à trois jours de «deuil» à compter d’aujourd’hui et que l’Assemblée des experts, le comité central du clergé, s’est abstenue de le soutenir.
Autre adversaire déclaré de Mahmoud Ahmadinejad, le président de cette Assemblée qui nomme et peut démettre le Guide, Hachemi Rafsandjani, attend son heure car il y a une cassure, maintenant ouverte, au sommet de la superstructure cléricale qui dirige l’Iran. Les uns ne veulent d’aucune évolution, ni sociale ni politique, parce qu’ils pensent que toute ouverture constituerait une brèche qui emporterait bientôt leur théocratie tandis que les autres savent et disent que, si ce régime ne lâche pas du lest, il ne se survivra pas. Les premiers n’ont pas peut-être pas tort mais les seconds ont certainement raison et le fait marquant, depuis samedi, n’est pas que l’opposition ait dû reculer devant la force.
Il est que tous les courants réformateurs convergent dans leur refus de la fraude, qu’une partie des conservateurs, incarnée par Ali Larijani, se pose en recours et qu’un front clérical s’esquisse contre le Guide au moment même où la rue le rejette. La partie n’est pas jouée. Elle commence.
Iran : «Mon corps entier tremble aussi, mais de douleur»
Récit
Un jeune participant, organisateur improvisé, raconte les violences de la manifestation du 20 juin à Téhéran.
1 réaction
Par REZA NASSERI







-->
Alors que les arrestations se multiplient en Iran, «Libération» publie le récit d’un jeune participant à la manifestation pacifique du 20 juin, qui fut réprimée de façon particulièrement violente par le régime. Seul son nom a été modifié.
«Je suis arrivé avenue de la Liberté à 14 heures. Les manifestations devaient commencer à 16 heures. Au programme : un rassemblement et une marche pacifiques de la place de Révolution à celle de la Liberté, en passant par l’artère du même nom. Je suis arrivé en avance afin d’observer la situation et me préparer au mieux à ce qui pouvait arriver. Avant de me rendre avenue de la Liberté, je suis allé embrasser ma mère pour lui demander de me pardonner pour toutes les promesses que je n’ai pas pu satisfaire au cas où je ne la reverrais pas. J’ai le pressentiment que la journée va être sanglante.
«Sur place, la tension règne déjà. De très nombreux policiers antiémeutes, gardiens de la révolution et bassidji ["mobilisés", membres des milices islamiques, ndlr] sont présents, placés aux intersections des rues adjacentes. Plus je m’approche de la place de la Révolution, plus la scène promet d’être terrifiante. Les policiers portent des gilets pare-balles, les Gardiens de la révolution également, casques vissés sur le crâne. La police antiémeute arbore son traditionnel uniforme noir de «Robocop». Chaque coin de rue est bloqué par des groupes comprenant de sept à dix policiers antiémeutes, cinq à sept policiers «classiques» et quelques bassidji. De nombreux Gardiens de la révolution traversent la rue sur leurs puissantes motos.
«14 h 15 : les réseaux de téléphones portables sont coupés afin de rendre impossible toute communication entre les manifestants, les organisateurs et les leaders du Mouvement de la réforme. Lors des dernières manifestations, les organisateurs étaient arrivés à l’avance et des volontaires conduisaient la foule. Cette fois, les leaders ont été arrêtés et la foule me semble confuse, ne sachant pas comment cette journée va être menée et organisée.
«Pourquoi les gens sont-ils tout de même venus nombreux alors que tout le monde ou presque s’accorde à dire que ce régime est l’un des plus craints ? Quelle désillusion assez grande a-t-elle pu pousser hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, à descendre dans la rue ? Les Iraniens sont un peuple fier. Fier de leur vieil héritage, fier de leur culture. Même s’ils sont en majorité musulmans, ils croient toujours dans l’ancienne règle sacrée des "trois B" : bonnes pensées, bons actes et bonnes paroles. Ce qui révolte un Iranien au plus haut point, c’est le mensonge. Et encore plus lorsque ce mensonge est mis au jour et que le menteur continue à le nier.
«14 h 30 : la foule grossit à vue d’œil et la tension devient palpable. Les gens observent calmement les manœuvres des polices paramilitaires et antiémeutes. Je rencontre quelques copains de manif qui discutent de la situation. Toutes les deux minutes, un policier s’approche de nous et nous demande de ne pas nous arrêter, de continuer à marcher. Nous sommes donc partis vers la place de la Révolution. Mais, alors que nous nous approchons de ce lieu, nous nous apercevons qu’il est complètement bloqué par les forces de sécurité et que personne n’est autorisé à s’y rendre.
«Nous avons du coup marché dans une allée adjacente et nous nous sommes installés dans un café. Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, l’autre candidat réformateur, sont censés être présents, mais il est clair que la police est déterminée à tuer la manifestation dans l’œuf, avant même qu’elle ne commence, en ayant recours à la force si besoin. Peut-être pense-t-elle que, privés des organisateurs, les gens seront démotivés à l’idée de se jeter dans la gueule du loup… La gueule du loup : ce à quoi ressemble la place de la Révolution.
«J’ai pris place derrière un coursier à mobylette et lui ai demandé de me conduire place de la Liberté. Encore plus de policiers, d’unités antiémeutes et de bassidji y sont présents. Je fais demi-tour pour retrouver mes copains et discuter de la situation.
«15 h 30 : puisqu’il n’y a aucun moyen de communiquer avec les autres manifestants, nous décidons d’organiser la marche à 16 h 15, même si les organisateurs ne sont toujours pas présents. Les gens commencent déjà à se déverser depuis les rues adjacentes qui mènent vers l’avenue de la Liberté.
«15 h 45 : nous sortons du café après avoir décidé de nous séparer en trois groupes de deux. Un ami et moi devons encourager la marche près du ministère du Travail, à mi-chemin entre l’avenue et la place de la Liberté, éloignée de deux kilomètres. Je remarque une foule de personnes confuses qui attendent un mot d’ordre. La plupart sont des jeunes hommes et filles âgés de 18 à 25 ans. Certains sont venus avec leurs parents, d’autres avec leurs enfants, et d’autres encore en famille pour participer à une marche pacifique et soutenir le Mouvement de la réforme. Contrairement à ce que vous pourriez penser, je n’ai pas peur, au contraire. Je suis fier de prendre une part active à la protestation contre un gouvernement de mensonge et de traîtrise.
«Nous atteignons le ministère du Travail vers 16 h 10. Nous restons debout pendant que je fume une cigarette en essayant de ne pas regarder le mur massif formé par la police antiémeute et de ne pas attirer l’attention. L’autre équipe est rapidement arrivée de l’autre côté de la rue.
«Je fais un saut dans un magasin pour m’acheter un paquet de cigarettes et, ne sachant pas combien de temps la manifestation va durer et étant donné qu’il fait chaud, deux bouteilles d’eau minérale. Peut-être qu’il ne fait pas si chaud mais je suis tellement excité à l’idée de ce qui peut arriver.
«16 h 15 : mon ami et moi commençons à marcher lentement et à murmurer aux gens qui passent : "Rejoignez-nous." Nous faisons attention à ce que les forces de sécurité ne nous remarquent pas.
«16 h 30 : je ne me retourne pas pour voir combien de gens se sont rassemblés à la suite de notre invitation murmurée, mais à voir l’expression des visages des personnes debout, les signes échangés par les passagers des voitures et les V de la victoire en notre direction, je comprends que la foule a commencé à se rassembler. C’est en la regardant que certains nous rejoignent. Je continue à murmurer : "Rejoignez la marche", ou "Restez calmes, marchez lentement", ou "Ne regardez pas les forces de sécurité". Nous passons un mur de policiers antiémeutes. Je sors mon téléphone mobile et je les filme en essayant de ne pas attirer leur attention.
«16 h 45 : de l’autre côté de la rue, mes amis ont aussi rassemblé une grande foule. En approchant des portes de l’université Charif, les automobiles qui passent commencent à actionner leurs klaxons et à nous saluer. Les passants frappent dans leurs mains et font le signe de la victoire. Un autobus rempli de passagers nous salue mais cela n’est rien en comparaison de l’accueil que nous recevons en arrivant devant les portes de l’université Charif. Rapidement des slogans fusent : «Moussavi, Moussavi, nous te soutenons !» J’invite tout le monde à garder son calme. Sans succès. Oh Mon Dieu ! Quelle foule énorme.
«Nous chantons notre soutien aux étudiants. Mais les choses nous échappent et je devine que nous allons bientôt être pris pour cible. Je dis aux gens de dégager des rues, mais il y a trop de monde. Un mur de policiers antiémeutes se met en ligne pour nous empêcher d’avancer. Mon ami et moi demandons aux manifestants de rebrousser chemin vers la place de la Révolution et de ne pas défier la police. Mais la foule énorme n’a nulle part où aller et des gens arrivent de partout.
«17 h 30 : Nous avons réussi à faire 500 mètres en arrière en direction de la place de la Révolution, où nous retrouvons le deuxième groupe, dirigé par mes deux autres amis. Les gens se sentent plus en confiance. Ils lèvent leurs mains en faisant le signe de la victoire. La police s’approche et nous demande gentiment de baisser les bras. Nous obéissons. Certaines personnes protestent et nous leur demandons de rester tranquilles. C’est à ce moment que l’enfer s’abat sur nous.
«Des motocyclettes de la police nous attaquent des deux côtés. A l’arrière de chaque engin, il y a un homme qui frappe avec un bâton. Les gens sont poussés dans les coins. Les motocyclistes attaquent et nous donnent des coups. Les gens tombent les uns sur les autres en criant et en courant de tous les côtés.
«Je remarque qu’un automobiliste a abandonné sa voiture pour nous porter secours. Il est sévèrement battu par trois policiers. Les gens hurlent en voyant les coups qui pleuvent sur nous.
«La plupart des membres de mon groupe sont des femmes de tout âge, mères, filles, et même une grand-mère et sa petite-fille. Elles prennent toutes des coups. Très rapidement, un groupe d’environ 50 policiers à pied s’est joint au matraquage de la foule. L’un d’eux m’attrape en criant : «Je vais vous tuer, salopards.» Il me frappe sur le dos, puis sur l’épaule et sur le haut des jambes. Puis, il lève son bâton pour me frapper à la tête mais je réussis à le bloquer avec la main gauche, qui a vite tourné au violet et au noir. Après quelques minutes de matraquage intense contre un groupe sans défense, poussé dans un coin sans échappatoire possible, les policiers reculent et nous commençons à courir dans une allée adjacente. C’est alors que nous sommes surpris par les bassidji qui nous attendent et continuent à frapper.
«Plusieurs personnes s’approchent pour nous défendre et un combat d’homme à homme commence. Beaucoup sont en sang, des hommes, des femmes et même des jeunes filles. La rue est en état de choc et de colère. Les gens crient «mort au dictateur» ! Les boutiquiers et les passants se sont mis à insulter tout ce qui a rapport au régime. Les filles tremblent et pleurent.
«Mon corps entier tremble aussi, mais de douleur, et cette douleur m’apporte un sentiment différent. Je suis fier et récompensé. Les gens ramassent à présent des pierres et les lancent vers les policiers et les bassidji. Je regarde la scène et je souris. Je remercie Dieu d’être seulement blessé. Je fais attention à ne plus être attaqué.
«Les gens s’en prennent maintenant aux forces de sécurité. La marche a réussi. Elle a démontré la face sauvage du régime confronté à des marcheurs pacifiques, en plein jour, aux yeux de tous.
«Ma journée est finie. C’était maintenant le tour des jeunes et des plus énergiques de continuer la bataille dans la nuit.







Les bassidjis règnent en maîtres sur Téhéran
Delphine Minoui, envoyée spéciale à Téhéran 26/06/2009 Mise à jour : 21:49
figcom_sep_bulle='avec';
Commentaires 31
figcom_sep_bulle=false;
Ajouter à ma sélection .
-->
La milice des bassidjis et les forces antiémeutes se sont unies pour mater la contestation après l'annonce de la réélection d'Ahmadinejad à la présidence de l'Iran. Crédits photo : AFP
Quand Ali est rentré un soir la chemise maculée de sang, son épouse Fatemeh n'a pas eu besoin de longues explications. Ainsi marche la milice des pro-Ahmadinejad.

La clé tourne dans la serrure. Une fois de plus, le dîner a eu le temps de refroidir. Sur le sofreh - la nappe sur laquelle on dispose le repas, à même le sol -, l'assiette d'Ali attend depuis quatre heures. La tête dans ses livres, Fatemeh prend à peine le temps de lui dire «bonsoir». À la faculté d'économie, les examens ont été maintenus, malgré les troubles de ces derniers jours. Mais là, ses yeux restent collés sur la che­mise de son mari : elle est rouge de sang. «Ça a encore bastonné. Je suis allé donner un coup de main pour emmener les blessés à l'hôpital…», marmonne-t-il en guise d'explication. Pas la peine d'en dire plus. Elle a compris. Chez les bassidjis, les ordres sont les ordres. Ça ne se discute pas. Fidèle à sa hiérarchie, Ali a dû troquer son tablier de cogérant d'un petit restaurant contre la matraque pour aller mater les opposants pro-Moussavi
Ni uniforme, ni blason
En période de «crise», il en est ainsi pour les petits soldats volontaires de la République islamique. Il suffit d'un seul «signal» donné par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, et les voilà tous aux abois, prêts à en découdre contre les «émeutiers» qui mettent en danger «la sécurité nationale». Combien sont-ils ? Difficile à dire.
La journée, Ali et ses camarades sont quasi invisibles. Ils ne portent ni uniforme ni blason. Ils n'ont pas besoin de pointer à la caserne du coin. Ils travaillent comme épiciers, chauffeurs de taxi, petits fonctionnaires. Ils étudient, pour certains, à l'université - où un ­quota spécial leur est réservé. Mais en un coup de fil, ils sont capables de tout laisser tomber pour enfourcher leur moto et prêter main-forte à la police et aux forces antiémeutes. Ces dernières font plus peur que mal. Mais les membres du Bassidj (littéralement la «mobilisation»), eux, s'accordent tous les droits. Armés de bâtons et de poignards - parfois de pistolets, selon les témoins -, ils n'ont pas peur de tuer.
À première vue, Ali et Fatemeh ont pourtant tout du gentil couple iranien. Il a 34 ans. Elle en a 28. Unis, il y a sept ans, par un «mariage arrangé» - une coutume fréquente dans les milieux traditionnels -, ils habitent un appartement modeste, au nord de Téhéran. La semaine, il travaille d'arrache-pied dans une gargote, tandis qu'elle étudie avec assiduité, dans l'espoir de décrocher un poste de comptable. Le week-end, ils s'échappent à la montagne, où Ali a investi ses économies dans un petit lopin de terre. Héritiers d'une révolution qu'ils n'ont pas choisie, mais pour laquelle leurs parents ont tout sacrifié il y a trente ans, leur vie reste imprégnée d'une idéologie dans laquelle ils ont grandi. Malgré eux.
Quand la guerre Iran-Irak éclate, en 1980, leurs aînés font partie des premiers bassidjis de la toute jeune République islamique. Originaires des faubourgs populaires de Téhéran, ils foncent, les yeux fermés, vers les champs de bataille, au nom de la patrie et du chiisme. Mort «en martyr», un des oncles de Fatemeh repose aujourd'hui dans le grand cimetière Behecht-é Zahra, où les tombeaux des «héros» s'alignent à perte de vue. À l'époque, une de leur mission consiste également à traquer les «ennemis» de l'intérieur - c'est-à-dire les opposants au régime et les membres apolitiques d'une bourgeoisie considérée comme trop occidentalisée.
Au sortir de la guerre, en 1988, les survivants sont récompensés. Le père de Fatemeh est promu commandant de quartier. Celui d'Ali rejoint une petite usine semi-étatique. Leurs familles bénéficient de nombreux privilèges : coupons alimentaires, accès à certaines coopératives… En fonction de leurs grades - souvent tenus au plus grand secret -, les bassidjis suivent des entraînements au maniement des armes, où ils sont formés aux techniques de guerre asymétrique.
L'esprit «Scout toujours», à la sauce islamique
Bercé par le culte de la guerre et frustré d'avoir été trop jeune pour pouvoir en faire partie, Ali se rat­trape sur la lecture des Mémoires de martyrs. Il se les procure au passage Mahestan, la «Mecque» des jeunes bassidjis, au sud de Téhéran, où s'entassent CD coraniques, fouets pour la fête religieuse de l'Achoura et documentaires pro régime. Le vendredi, jour férié en Iran, il fait la chasse aux mal-voilées. En 1997, la tolérance prônée par le nouveau président réformateur, Khatami, le pousse à adoucir légèrement son discours. Comme de nombreux jeunes bassidjis, il s'investit alors dans des œuvres à caractère social, comme l'aide aux sinistrés du séisme de Bam. Fatemeh, elle, participe aux campagnes de vaccination.
Si elle prend progressivement goût aux nouvelles libertés sociales - au point de voter, en 2005, pour Rafsandjani et de troquer son tchador noir contre un simple foulard -, il reste fidèle aux «conseils du guide» et donne sa voix à Ahmadinejad, «un des nôtres», dit-il. Ce dernier a parfaitement su flatter l'ego de ces jeunes «volontaires», qui peinent à se trouver une place dans cet Iran réformiste des «fils à papa», selon l'expression d'Ali. Les manœuvres paramilitaires reprennent discrètement. Dans les mosquées, l'esprit «scout toujours» à la sauce islamique soude les troupes. Le 12 juin dernier, c'est donc en toute logique qu'Ali prête allégeance, les yeux fermés, à son politicien préféré. Si Fatemeh doute des résultats, il y voit, lui, «le signe d'une fidélité à la République islamique». «La défense du régime passe avant la famille», lâche-t-il sans détour.

La victoire d'Ahmadinejad confirmée par les autorités
Mathieu Szeradzki (lefigaro.fr) avec agences 29/06/2009 Mise à jour : 21:34
figcom_sep_bulle='avec';
Commentaires 14
figcom_sep_bulle=false;
Ajouter à ma sélection .
-->
Le guide suprême Ali Khamenei, le président Ahmadinejad et le chef du Conseil des Gardiens de la révolution Ahmad Janati prient ensemble à Téhéran, le 18 septembre 2008. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
Des forces de sécurité se sont déployées dans les rues de Téhéran pour contrer toute manifestation de l'opposition, après l'annonce de la validation de l'élection présidentielle du 12 juin.

Mahmoud Ahmadinejad sera encore pour les quatre prochaines années le président de la République islamique d'Iran. Le Conseil des gardiens a en effet jugé lundi valide la présidentielle iranienne du 12 juin dernier après un recomptage partiel de 10% des bulletins, selon la télévision d'Etat. Les résultats de l'élection et la victoire de Mahmoud Ahmadinejad sont donc ainsi confirmés par la plus haute instance électorale iranienne. «La majorité des objections que nous avons examinées n'ont pas été considérées comme des fraudes mais n'ont été que des irrégularités mineures qui se produisent lors de chaque élection. Elles ne sont pas significatives et les objections sont donc infondées», a estimé le chef du Conseil, l'ayatollah Ahmad Janati, dans une lettre lue par la télévision.
Selon des témoins, des centaines de membres des forces de sécurité étaient déployées dans les rues de Téhéran au moment de l'annonce du verdict du Conseil des gardiens pour dissuader l'opposition d'organiser de nouvelles manifestations. Bassidjis et policiers effectuaient des contrôles d'identité des automobilistes et fouillaient parfois le coffre des véhicules.
Le recomptage partiel des voix est censé mettre un terme aux accusations de fraude à grande échelle portées par les trois candidats rivaux de Mahmoud Ahmadinejad au scrutin, Mir Hossein Moussavi, Mehdi Karoubi et Mohsen Rezaï. Ces derniers ont refusé de déléguer leurs représentants au recomptage, en mettant en doute l'impartialité du Conseil, ainsi que l'étendue des irrégularités touchant aussi bien la campagne électorale que le décompte des résultats. Les résultats officiels ont crédité le sortant Ahmadinejad de 63% des voix, contre 34% pour son principal rival, Mir Hossein Moussavi, soit une avance de 11 millions de voix.
«Harcèlement» des diplomates britanniques
Parallèlement, l'Iran a libéré lundi cinq des neufs employés locaux de l'ambassade de Grande-Bretagne. Le premier ministre britannique Gordon Brown a appelé dans la foulée l'Iran à libérer leurs quatre collègues, jugeant leur maintien en détention «inacceptable» et «injustifiable» tandis que la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton dénonçait le «harcèlement déplorable» dont étaient victimes les diplomates britanniques. Dimanche, le ministre iranien des Renseignements avait affirmé que «l'ambassade britannique envoyait son personnel parmi les émeutiers pour les guider».
Par ailleurs, d'éventuelles sanctions contre Téhéran pourraient être prises lors du prochain sommet du G8 qui se tiendra à L'Aquila, en Italie, du 8 au 10 juillet. L'Iran «sera le premier sujet dont nous traiterons», a affirmé lundi le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi lors d'une conférence de presse de présentation du sommet qui rassemblera 39 pays et 11 organisations internationales. «D'après les communications téléphoniques que j'ai pu avoir avec les autres leaders, je crois que nous irons dans la direction que vous indiquez, c'est-à-dire celle des sanctions», a-t-il répondu à un journaliste qui l'interrogeait sur d'éventuelles sanctions du G8 contre Téhéran.
À Téhéran, au cœur de la contestation
Par Delphine Minoui, envoyée spéciale à Téhéran 22/06/2009 Mise à jour : 13:50
figcom_sep_bulle='avec';
Commentaires 29
figcom_sep_bulle=false;
Ajouter à ma sélection .
-->
Face aux manifestants, la police et les forces anti-émeutes quadrillent la ville. Crédits photo : AP
REPORTAGE - Des accrochages mortels ont opposé, samedi, les manifestants aux miliciens. Récit de la plus terrible journée qu'ait connue la capitale iranienne depuis le début des protestations.

«Je ne vois plus ! Je ne vois plus !», gémit la jeune Iranienne en manteau et foulard noir. Les joues pâles et les yeux rougis, elle s'écroule devant nous. Une femme légèrement plus âgée vient à son secours, en allumant un briquet devant son visage. «N'aie pas peur, ça va réduire les effets du gaz lacrymogène !», lance-t-elle. Un bourdonnement de Mobylettes se rapproche. Les bassidjis, sans doute - ces fameux miliciens pro-Ahmadinejad qui font la chasse aux manifestants. «Fermez la porte ! Ils vont tous nous tabasser !», murmure une voix masculine.
Dehors, l'avenue Amir-Abbad s'enfonce dans le chaos. Des rafales de tirs retentissent. Des cris résonnent dans les rues. Une odeur de pneus brûlés se faufile à travers le grillage. Tout le monde retient son souffle. Il fait chaud. Des sanglots explosent. Nous sommes une vingtaine de personnes réfugiées, malgré nous, dans la cage d'escalier de ce petit immeuble : des visiteurs de passage, surpris en pleine promenade par des colonnes de manifestants - qui étaient censées se concentrer sur l'avenue Azadi, plus au sud -, des femmes au foyer de retour de l'épicerie, prises au piège des barrages dressés par les forces anti-émeutes…
À nos côtés, les protestataires qui viennent de se glisser par la porte semblent plus que jamais déterminés à se battre. Ils reprennent leur respiration, avalent quelques gorgées d'eau fraîche, avant de repartir s'engouffrer dans le ventre de la contestation. «Je résisterai jusqu'à ce que je récupère mon vote», lance l'un d'entre eux, en disparaissant dans un nuage de fumée noire. «Mort au dictateur !», hurlent, au loin, les manifestants.
À l'extérieur, la police et les forces anti-émeutes quadrillent la ville. À cheval sur leurs motos, les bassidjis slaloment à travers les bennes à ordure en feu, renversées en pleine chaussée par les protestataires. Matraques en main, ils sont prêts à tabasser sans répit. Et pour cause. Ils ont désormais le feu vert pour faire usage de la force. Dans son prêche de la grande prière du vendredi, véritable discours de soutien à Mahmoud Ahmadinejad, l'ayatollah Khamenei s'est montré très clair : la fête est finie et les rassemblements doivent cesser. Sous peine d'être sévèrement réprimés. Mais les manifestants sont nombreux à avoir bravé, dès samedi, l'interdit.

«À bas le coup d'État !»

Faute de pouvoir emprunter pacifiquement, comme prévu, le même chemin que celui de lundi dernier, ils se sont rassemblés, pendant tout l'après-midi, en groupes dispersés à travers les ruelles qui entourent l'avenue Azadi. Barrages des forces de l'ordre oblige, des attroupements spontanés se sont alors improvisés à travers la ville : place Tohid, place Enghelab, avenue Amir-Abbad, avenue Fatemi, non loin du ministère de l'Intérieur - pointé du doigt dans les fraudes électorales du scrutin présidentiel du 12 juin. Ici et là, de violents affrontements ont opposé les manifestants et les miliciens.
Le silence, règle d'or des rassemblements précédents, est désormais rompu. «Ils nous ont volé notre vote ! Ils friment avec !», hurle un jeune homme, le visage recouvert d'un bandeau vert - la couleur de Mir Hossein Moussavi, le candidat malheureux aux élections, qui persiste à demander l'organisation d'une nouvelle élection. «À bas le coup d'État !», répliquent les passants. Sur les pancartes, portées à bout de bras, les slogans sont beaucoup plus acerbes. «Mahmoud commet des crimes ! Le guide le soutient !», peut-on lire en lettres persanes.
En plein milieu de l'avenue Amir-Abbad, un inconnu a même osé franchir la ligne rouge du système, en insultant directement, à la craie blanche, le numéro un du régime : «A mort Khamenei». Un pari à haut risque. Au mieux, les miliciens le roueront de coups. Au pire, il peut écoper d'une condamnation à la peine capitale. «D'autres manifestants se sont fait arrêter et tabasser pour beaucoup moins que ça», nous racontera plus tard, par téléphone, un étudiant. Exemple à l'appui : ce jeune homme au visage ensanglanté, titubant le long d'un trottoir, après avoir été roué de coups. Son crime : avoir arboré un ruban vert autour de son poignet - un signe de soutien à Moussavi, désormais perçu comme une marque d'opposition au régime. «Quelle tristesse», se désole l'étudiant, en fondant en larmes.
Éparpillées dans les attroupements, les femmes, elles, continuent à afficher un sang-froid à toute épreuve. «Frappe-le ! Frappe-le !», hurle, par la fenêtre de son appartement, une mère de famille en tchador fleuri, en encourageant un homme d'une cinquantaine d'années à jeter à terre un milicien. Perchés sur le toit d'en face, tout en haut des marches de notre petit immeuble-refuge, nous lui faisons signe de se taire. Un accident est vite arrivé, les miliciens étant armés. «Je n'ai plus rien à perdre !», rétorque-t-elle, avant de jeter des paquets de Kleenex aux manifestants blessés. Elle a ses raisons, sans doute. Sous le premier mandat d'Ahmadinejad, les femmes ont trinqué. De nombreuses activistes féministes se sont retrouvées sous les verrous. Leur magazine préféré (Zanan - «les femmes», en persan) a dû mettre la clé sous la porte. Et ce n'est qu'à l'issue d'une mobilisation massive que le Parlement conservateur a fini par renoncer à une loi encourageant la polygamie.
Mais aujourd'hui, c'est en tant que mères, avant-tout, que les Iraniennes veulent faire entendre leur voix. Sur une vidéo, capturée sur le portable d'un manifestant revenant de la place Azadi, le message est clair. On y voit, au milieu de la foule, une Iranienne voilée de noir, s'adresser aux jeunes, en levant les mains au ciel. «Je vous en supplie, restez, n'ayez pas peur ! J'ai vu de mes propres yeux des jeunes se faire tuer sur la place Vanak ! J'ai vu nos beaux étudiants se faire couper en petits morceaux ! Ne vous arrêtez pas ! Avancez ! Avancez ! Battez-vous pour votre avenir», hurle-t-elle, en référence aux victimes des violents accrochages de ces derniers jours, tandis que des coups retentissent dans le ciel.
L'habit ne fait pas le moine. Engoncée dans un tchador noir, Zahra, une modeste mère de famille de Shahriar - à une heure en voiture de Téhéran - nous raconte qu'elle a affrété quatre bus remplis de femmes et de jeunes pour venir à la manifestation du jour. «En 1979, nous avons cru à la révolution contre le chah. Pendant la guerre Iran-Irak, nous avons sacrifié des milliers de soldats qui sont morts au front pour défendre notre patrie. Aujourd'hui, cette République islamique aux soi-disant idéaux de justice et d'égalité est en train de tuer ses propres enfants ! C'est contre ces dérapages que nous nous érigeons, avant qu'il ne soit trop tard», insiste-t-elle. Avant d'ajouter : «Je suis inquiète, très inquiète.»
À Téhéran les agences de presse rapportent que dans une allocution publique, Mir Hossein Moussavi, nouveau symbole de la contestation iranienne, se serait dit «prêt au martyre» et «prêt à poursuivre la lutte». Il aurait également appelé à une grève générale s'il était amené à être arrêté. Mais dimanche soir, le candidat malheureux à la présidentielle a incité ses partisans «à la retenue», tout en maintenant que «protester contre la fraude est un droit». Mais jusqu'à quand la désobéissance sociale pourra-t-elle tenir ? «Nous manquons d'organisation», concède Reza, un ingénieur. «Et puis, combien de temps vais-je pouvoir manquer le travail pour aller manifester ? Mon patron va finir par me virer», dit-il. De plus, reconnaît Zahra, les portes se referment peu à peu.
«J'ai bien songé à réunir des mères de famille pour aller faire un sit-in à Qom, la ville sainte, pour y rencontrer de grands ayatollahs… Mais ont-ils vraiment le pouvoir de nous aider ?», dit-elle, en référence au contrôle renforcé des gardiens de la révolution dans les affaires du pays. Ce sont eux, dit-on, qui ont la confiance du guide suprême. Fermement critiquée pour sa couverture pro-Ahmadinejad, la télévision d'État continue, pourtant, à frapper fort. Un nouveau programme qui passe en boucle dresse un portrait, sans concession, des manifestants. On y voit défiler, le visage flouté, certains «repentis», qui racontent avoir agi sur ordre d'opposants au régime basé en Angleterre et en France. «Ils veulent nous faire passer pour des voyous. C'est le début de la fin», se désole Mehdi, un ouvrier, contacté par téléphone.

Neda, victime et icône

Un hélicoptère militaire rase le ciel. Des coups retentissent. Par la fenêtre du petit immeuble, nous voyons des manifestants se disperser dans la confusion. «Ils nous tuent ! Ils nous tuent !», hurle l'un d'entre eux. Le lendemain, nous apprendrons qu'une jeune femme, prénommée Neda, fait partie des victimes. Touchée à la poitrine, elle a succombé à ses blessures dans les bras de son professeur de musique. Elle venait d'avoir 26 ans. Sa vidéo, prise par un inconnu, a aussitôt fait le tour des sites Internet. Quelques minutes plus tard, les forces anti-émeutes dispersent les badauds.
La circulation reprend, comme si de rien n'était. Il est temps de partir, avant la prochaine tempête. Nous quittons notre petit immeuble, en empruntant un détour par l'avenue parallèle à Amir-Abbad. Puis nous longeons le dortoir des étudiants, attaqué dimanche soir, par les miliciens. La façade est calcinée. Les fenêtres ont volé en éclats. Le mur d'une chambre s'est même complètement effondré. «On nous a enfermés, on ne peut pas sortir», glisse un étudiant. «Mais s'il vous plaît, dites aux manifestants qu'on est avec eux», lance-t-il. Une prison virtuelle, à l'image de celle qui étouffe peu à peu les frondeurs de Téhéran.

dimanche 21 juin 2009

بيانيه شماره 5ميرحسين موسوي خطاب به مردم شريف ايران:نگذارید دروغگويان و متقلبان پرچم دفاع از نظام اسلامی را از شما بربايند
۳۰ خرداد ۱۳۸۸ ساعت ۲۱:۲۰
بسم الله الرحمن الرحیم ان الله يامركم ان تؤدوا الامانات الي اهلها و اذا حكمتم بين الناس ان تحكموا بالعدل مردم شريف و هوشمند ايران این روزها و شب‌ها نقطه عطفی در تاریخ ملت ما در حال شکل گرفتن است. مردم از یکدیگر و درمیان جمعشان از اینجانب سوال می‌کنند که چه باید کرد و به چه سو باید رفت. بر عهده خویشتن می‌بینم که آنچه را باور دارم با شما در میان بگذارم، با شما بگویم و از شما بیاموزم، باشد كه رسالت تاریخی‌مان را از یاد نبریم و شانه از بار مسئولیتی که سرنوشت نسل‌ها و عصرها بر دوش ما گذاشته است خالی نکنیم. سی سال پیش از این در کشورما انقلابی به نام اسلام به پیروزی رسید؛ انقلابی براي آزادی، انقلابی براي احياي کرامت انسان‌ها، انقلابی براي راستی و درستي. در اين مدت و به خصوص در زمان حیات امام روشن ضمير ما سرمایه‌های عظیمی از جان و مال و آبرو در پای تحکیم این بنای مبارک گذارده شد و دست‌آوردهای ارزشمندي حاصل آمد. نورانیتی که تا پیش از آن تجربه نکرده بودیم جامعه ما را فراگرفت و مردم ما به حیاتی نو رسيدند که به‌رغم سخت‌ترین شداید برایشان شیرین بود. آنچه مردم به دست آورده بودند کرامت و آزادی و طليعه‌هايي از حیات طیبه بود. اطمينان دارم کسانی که آن روزها را ديده‌اند به چيزي كمتر از آن راضي نمي‌شوند. آیا ما مردم شایستگی‌هایی را از دست داده بودیم که دیگر آن فضای روح انگیز را تجربه نمی‌كردیم؟ من آمده بودم بگویم چنین نیست؛ هنوز دیر نیست و هنوز راهمان تا آن فضای نورانی دور نیست. آمده بودم تا نشان دهم می‌توان معنوی زندگی کرد و در عین حال در امروز زیست. آمده بودم تا هشدارهای اماممان را درباره تحجر بازگو کنم. آمده بودم تا بگویم گریز از قانون به استبداد می‌انجامد؛ تا به ياد آورم كه اعتنا به کرامت انسان‌ها پايه‌هاي نظام را تضعيف نمي‌كند، بلكه استحكام مي‌بخشد. آمده بودم تا بگویم مردم از خدمتگزارانشان راستی و درستي می‌خواهند و بسیاری از گرفتاري‌هاي ما از دروغ برخاسته است. آمده بودم تا بگویم عقب‌ماندگي، فقر، فساد و بي‌عدالتي سرنوشت ما نیست. آمده بودم تا بار ديگر به انقلاب اسلامی آن گونه که بود و جمهوری اسلامی آن گونه که باید باشد، دعوت كنم. من در این دعوت بلیغ نبودم، ولی پیام اصیل انقلاب حتی از بیان نارسای من آنچنان دلنشین بود که نسل جوان را، نسلی که آن روزگاران را ندیده بود و میان خود و این میراث بزرگ احساس فاصله می‌کرد، به هیجان آورد و صحنه‌هایی را که تنها در ایام نهضت و دفاع مقدس دیده بودیم بازسازی کرد. حرکت خودجوش مردم رنگ سبز را به عنوان نماد خویش برگزيد. اینجانب اعتراف می‌کنم که در این امر پیرو آنان بودم. و نسلی که به دوری از مبانی دینی متهم می‌شد در شعارهای خود به تکبیر رسید و به «نصر من الله و فتح قريب» و «یاحسین» و نام خمینی تکیه کرد تا ثابت کند این شجره طیبه هرگاه که به بار می‌نشيند میوه‌هایش شبیه به هم است. این شعارها را کسی جز آموزگار فطرت به آنان نیاموخته بود. چقدر بی‌انصافند کسانی که منافع كوچكشان آنها را وا می دارد تا این معجزه انقلاب اسلامی را ‌ساخته و پرداخته بيگانگان و «انقلاب مخملين» بنامند. اما آن چنان که می‌دانید همگی ما در راه این تجديد حيات ملي و تحقق آرمان‌هایی که در دل و جان پیر و جوان ما ریشه دارند با دروغ وتقلب روبرو شدیم و آن چيزي كه از عواقب قانون‌گريزي پيش‌بيني كرده بوديم به صريح‌ترين شكل ممكن و در نزديك‌ترين زمان تحقق يافت. استقبال عظيم از انتخابات اخير در درجه نخست مرهون تلاش‌هايي بود كه براي ايجاد اميد و اعتماد در مردم صورت گرفت تا براي بحران‌هاي مديريتي موجود و نارضايتي‌هاي گسترده‌اجتماعي، كه انباشت‌شان مي‌تواند كيان انقلاب و نظام را نشانه برود، پاسخي شايسته فراهم شود. اگر اين حسن‌ظن و اعتماد مردم از طريق صيانت از آراي آنها پاسخ داده نشود و يا آنها نتوانند براي دفاع از حقوقشان به نحوي مدني و آرام واكنش نشان دهند مسيرهاي خطرناكي در پيش خواهد بود كه مسئوليت قرار گرفتن در آنها بر عهده كساني است كه رفتارهاي مسالمت‌آميز را تحمل نمي‌كنند. اگر حجم عظيم تقلب و جابه‌جايي آرا، كه آتش به خرمن اعتماد مردم زده است، خود دليل و شاهد فقدان تقلب معرفي شود، جمهوريت نظام به مسلخ كشيده خواهد شد و عملا ايده ناسازگاري اسلام و جمهوريت به اثبات مي‌رسد. اين سرنوشت دو گروه را خوشحال خواهد كرد؛ يك دسته آنان كه از ابتداي انقلاب در مقابل امام صف‌آرايي كردند و حكومت اسلامي را همان استبداد صالحان ‌دانستند و به گمان باطل خود مي‌خواهند مردم را به زور به بهشت ببرند و دسته ديگر كه با ادعاي دفاع از حقوق مردم اساسا ديانت و اسلام را مانع تحقق جمهوريت مي‌دانند. هنر شگرف امام باطل كردن سحر اين دوگانه‌‌انگاري‌ها بود. من آمده بودم تا با تكيه بر راه امام تلاش ساحراني را كه دوباره جان گرفته‌اند خنثي كنم. اكنون مقامات كشور با صحه گذاشتن بر آنچه در انتخابات گذشت مسئوليت آن را پذيرفته‌اند و برای نتایج هرگونه تحقیق و رسیدگی بعدی حد تعیین کرده‌اند، به صورتی که اين رسيدگي‌ها موجب ابطال انتخابات نشود و نتایج آن را تغییر ندهد، حتی اگر در بيش از 170 حوزه انتخاباتي تعداد آراي به صندوق ريخته شده بيشتر از تعداد واجدين شرايط باشد. از ما خواسته مي‌شود كه در اين شرايط شكايت خود را از طريق شوراي نگهبان پيگيري كنيم، حال آن كه اين شورا در عملكرد خود چه قبل، چه حين و چه بعد از انتخابات عدم بي‌طرفي خود را به اثبات رسانده است و نخستين اصل در هر داوري رعايت بي‌طرفي است. اينجانب همچنان قويا اعتقاد دارم درخواست ابطال انتخابات و تجديد آن حقي مسلم است كه بايد به صورتي بي‌طرفانه از طريق يك هيئت مورد اعتماد ملي مورد بررسي قرار گيرد، نه آن كه پيشاپيش امكان ثمربخش بودن آن منتفي اعلام شود، يا با طرح احتمال خونريزي، مردم از هرگونه راهپيمايي و تظاهرات بازداشته ‌شوند، يا شوراي امنيت كشور به جاي پاسخگويي به سوالات مشروع در خصوص نقش لباس‌شخصي‌ها در حمله به افراد و اموال عمومي و ايجاد التهاب در حركت‌هاي مردمي به فرافكني بپردازد و مسئوليت فجايع به وجود آمده را بر عهده ديگران بگذارد. اينجانب چون به صحنه می‌نگرم آن را پرداخته شده برای اهدافی فراتر از تحمیل یک دولت ناخواسته به ملت، که تحمیل نوع جدیدی از زندگی سیاسی بر کشور می‌بینم. من به عنوان يك همراه که زیبایی‌های موج سبز حضور شما را ديده است هرگز به خود اجازه نخواهم داد بر اثر عمل من جان کسی درمعرض خطر قرار گيرد. در عین حال بر اعتقاد راسخ خويش مبنی بر باطل بودن انتخاباتی که گذشت و استيفاي حقوق مردم پای می فشارم و عليرغم توانايي‌هاي اندكي كه در اختيار دارم براين باورم كه انگيزه و خلاقيت شما مردم همچنان مي‌تواند حقوق مشروع تان را در چهره‌هاي مدني جديد مورد پيگيري قرار دهد و محقق كند. مطمئن باشيد كه اينجانب همواره در كنار شما خواهم ماند. آنچه اين برادر شما در در يافتن اين راه‌حل‌هاي جديد، خصوصا به جوانان عزیز توصيه مي كند اين است که نگذارید دروغگويان و متقلبان پرچم دفاع از نظام اسلامی را از شما بربايند و نا اهلان و نامحرمان، میراث گرانقدر انقلاب اسلامی را که اندوخته از خون پدارن راستگویتان است از شما مصادره کنند. با توكل به خداوند و اميد به آينده و تكيه بر توانمندي‌هايتان حركات اجتماعي خود را پس از اين نيز براساس آزادي‌هاي مصرح در قانون اساسي و اصل امتناع از خشونت پيگيري كنيد. ما در اين راه با بسيجي روبرو نيستيم؛ بسيجي برادر ماست. ما در اين راه با سپاهي روبرو نيستيم؛ سپاهي حافظ انقلاب و نظام ماست. ما با ارتش روبرو نيستيم؛ ارتش حافظ مرزهاي ماست،ما با نیروی انتظامی روبرو نیستیم نیروی انتظامی حافظ امنیت شهروندان ماست، ما با نظام مقدس خود و ساختارهاي قانوني آن روبرو نيستيم. اين ساختار حافظ استقلال ، آزادي و جمهوري اسلامي ماست. ما با كجروي ها و دروغ گويي ها روبرو هستيم و در پي اصلاح آنيم؛ ا صلاحي با برگشت به اصول ناب انقلاب اسلامي . ما به دست اندركاران توصيه مي كنيم براي برقراري آرامش در خيابان ها مطابق اصل 27 قانون اساسي امكان تجمع هاي مسالمت آميز را نه تنها فراهم كنند، بلكه چنين گردهم آيي هايي را تشويق كنند وصدا و سيما را از قيد بدگويي ها و يك طرفه عمل كردن ها رها سازند. بگذارند صداها قبل از آن كه به فرياد تبديل شود به صورت استدلال و مجادله احسن در اين رسانه جاري، تصحيح و تعديل گردد. بگذارند جرايد نقد كنند، خبرها را آنچنان كه هست بنويسند و در يك كلام فضايي آزاد براي مردم جهت ابراز موافقت ها و مخالفت هاي خود آماده سازند. بگذاريم آنهايي كه علاقه دارند تكبير بگويند و آن را مخالفت با خود تلقي نكينم. كاملا مشخص است كه در اين صورت احتياجي به حضور نيروهاي نظامي و انتظامي در خيابان ها نخواهد بود و با صحنه هايي كه ديدن آنها و شنيدن خبر آنها دل هر علاقمند به انقلاب و كشور را به درد مي آورد، روبرو نخواهيم بود. برادر و همراه شما - میرحسین موسوی
[ارسال اين مطلب به دوستان] [دريافت فايل مطلب]

یازده دستورالعمل بعد از انتخابات

اول – دقت کنيد که راي‌تان را کجا مي‌اندازيد، تا بعدا نپرسيد راي من کو؟ راي من کو؟ دوم – براي اينکه قاطي اراذل و اوباش نشويد بعد از انتخابات، مثل بچه آدم به خانه برويد و تا چهار سال ديگر که انتخابات بعدي برگزار مي‌شود از خانه خارج نشويد. به زبان خوش هر چهار سال يک‌بار از خانه خارج شويد بس است. سوم – بعد از راي دادن، از برخورد با هر گونه جسم سخت در کوچه و خيابان جلوگيري کنيد. چهارم – بعد از راي دادن خوشحال باشيد چون شما تنها خس و خاشاک دنيا هستيد که حق راي دارد. پنجم – چون بعضي‌ها براي پيدا کردن راي‌شان در طول روز راهپيمايي مي‌کنند و شب‌ها بايد استراحت کنند لطفا شما براي پيدا کردن راي‌تان شب‌ها بوق نزنيد. ششم – براي راهپيمايي مسالمت‌آميز، پوشيدن جليقه ضدگلوله، ماسک هوا، پماد سوختگي، نفربر و چيزهاي ديگر الزامي مي‌باشد. هفتم – براي راهپيمايي مسالمت‌آميز، حمل سلاح سرد مثل چاقو، قمه و چماق، يا سلاح گرم مانند کلت کمري و کلاشينکف، و همچنين همراه داشتن نارنجک دستي، و يا سوار شدن بر تانک توصيه نمي‌شود. هشتم – بعد از راي دادن اگر هنوز دستگير نشده‌ايد خودتان را به کلانتري محل معرفي کنيد. نهم – بعد از راي دادن براي جلوگيري از تشويش اذهان عمومي، با کسي حرف نزنيد، در وبلاگ يا روزنامه و جاي ديگري ننويسيد که راي داده‌ايد، اگر هم نوشتيد ننويسيد به کي راي داده‌ايد، از کسي هم شکايت نکنيد. توصيه مي‌شود راي‌تان را به امان خدا سپرده، سريعا از محل راي‌گيري دور شويد. دهم – بعد از راي دادن و به نشانه اعتراض، در پارکينگ‌تان را بشکنيد و با چوب و چماق به اتومبيل‌هاي داخل پارکينگ آسيب بزنيد. يازدهم – بعد از راي دادن، خودتان مثل آدم، براي تسري مراحل اداري هم که شده، مستندات همکاري‌تان را با عوامل صهيونيسم و عوامل بيگانه، در اختيار دوستان و مراجع ذي‌صلاح قرار دهيد.
اين 11 فرمان را انجام دهيد تا سالم به خانه برسيد. روزنامه اعتماد ملی، پوريا عالمي

vendredi 19 juin 2009

function setAttributeOnload(object, attribute, val) {
if(window.addEventListener) {
window.addEventListener("load",
function(){ object[attribute] = val; }, false);
} else {
window.attachEvent('onload', function(){ object[attribute] = val; });
}
}

پاسدارآزادی
این وبلاگ برای تمامی سپاهیانی که با عشق خدمت به مردم و اسلام و کشور پای در این ره نهادند، ولی با حیله نامردمان یا کشته شدند و یا آواره گشتند. منتشر می شود این وبلاگ برای تمامی سپاهیانی که هنوز در این نهاد هستند اما با دلی خونین از سر ناچاری شاهد غارت اموال مردم، شاهد قاچاق اسلحه و مواد مخدر، شاهد دست داشتن باندی از فرماندهان در قاچاف سکس و فروش دختران ایرانی به کشورهای خلیج فارس و .....................هستند. منتشر می شود


Archives du blog
2009 (1)
juin (1)
اطلاعیه جمعی از افراد سپاه پاسداران ایران
2008 (1)
septembre (1)
سپاه پاسداران و روحانیت -بخش اول

mercredi 17 juin 2009

اطلاعیه جمعی از افراد سپاه پاسداران ایران
اطلاعیه شماره یک
بنام خدا
الملک یبقی مع الکفر و لا یبقی مع الظلم
خدا را شاهد می گیریم که آنانی که تصور می کنند سپاه پاسداران گارد جاودان مقام رهبری است، در خطا هستند. خدا را شاهد می گیریم که اجازه نخواهیم داد که خون شهدای انقلاب و جنگ تحمیلی که در راه آزادی و استقلال و جمهوری اسلامی بر خیابانها و دشتهای این سرزمین بزرگ بر زمین ریخته شد،پایمال عده ای قدرت طلب و انحصارگر شود.خدا را شاهد می گیریم که با وجود همه خطراتی که ممکن است جان ما را تهدید کند در مقابل خیانتگران به آرای مردم ایستاده ایم و با وضوی شهادت اجازه نخواهیم داد که برخی از فرماندهان فاسد و رانتخوار که لباس مقدس پاسداری را برتن کرده اند، مردم را به خاک و خون بکشند. به برادران بسیج اکیدآ توصیه می کنیم که خود را یا برکناراز آشوب بدارند و یا اسلحه های خود را تحویل داده به مردم ملحق شوند
دیدی که خون ناحق پروانه شمع را چندان امان نداد که شب را سحر کند
انا لله وانا اليه راجعون
Publié par پاسداران آزادی à l'adresse 14:58 14 commentaires
lundi 29 septembre 2008

سپاه پاسداران و روحانیت -بخش اول

این وبلاگبرای تمامی سپاهیانی که با عشق خدمت به مردم و اسلام و کشور پای در این ره نهادند، ولی با حیله نامردمان یا کشته شدند و یا آواره گشتند. منتشر می شوداین وبلاگبرای تمامی سپاهیانی که هنوز در این نهاد هستند اما با دلی خونین از سر ناچاری شاهد غارت اموال مردم، شاهد قاچاق اسلحه و مواد مخدر، شاهد دست داشتن باندی از فرماندهان در قاچاف سکس و فروش دختران ایرانی به کشورهای خلیج فارس و .....................هستند. منتشر می شوددر این وبلاگ تلاش می کنیم تا همه اطلاعات در مورد سپاه پاسداران را ذخیره کنیم. بدیهی است که این وبلاگ بزودی فیلتر خواهد شد.ای میل خود را برای ما بفرستید تا مندرجات تازه وبلاگ را برایتان بفرستی. تلاش ما این است تا حتی المقدور مستند صحبت کنیم. در شروع کار مقاله ای در ده بخش را بتدریج منتشر خواهیم کرد. مقالات و دانسته های خود را برای ما بفرستید تا منتشر کنیم.
بخش اول
علل تقويت موقعيت سپاه در ساخت قدرت
مقدمهانعقاد سه قرارداد در طی یکماه با سپاه پاسداران بمبلغ حدود ۷ میلیارد دلار و بدون انجام تشریفات مناقصه و مزایده، بار دیگر سپاه را در کانون توجه نیروهای سیاسی قرار داده است. در یکسال گذشته سومین بار است که نظرها بسوی سپاه جلب میشود. بار اول به انتخابات دوره نهم ریاست جمهوری برمیگردد که سپاه و بسیج بمثابه حزب پادگانی وارد عمل شدند و نتیجه انتخابات را بسود احمدی نژاد رقم زدند. بار دوم به ترکیب کابینه احمدی نژاد برمیگردد که در آن سپاه سهم بالائی بدست آورد. و بار سوم قراردادهای نفتی و مترو.اما موضوع سپاه و نقش آن در جامعه ما تنها به فعالیت نظامی و اقتصادی خلاصه نمیشود. سپاه سالها است وارد عرصه های مختلف اجتماعی شده، حوزه های نفوذ و فعالیت خود را گسترش داده و بتدریج بر نهادهای انتخابی چنگ انداخته و قادر شده است که بر بسیاری از رویدادهای کشور مهر خود را بکوبد. لذا بدون شناخت از نقش و عملکرد سپاه، نمیتوان برخی رویدادهای سیاسی، اقتصادی، نظامی، امنیتی و سیاست خارجی کشور را توضیح داد. سپاه پشت خیلی از اتفاقات کشور قرار دارد.ورود عنصر نظامی به ساخت قدرت، تغییراتی را در ساختار سیاسی جمهوری اسلامی بوجود آورده و به آن خصلتهای جدیدی می بخشد. جمهوری اسلامی از الیگارشی روحانیت به الیگارشی روحانیت و سپاه گذر میکند.سلسله مطالبی که به نگارش در آمده است، تلاشی است برای شناخت سپاه، سیر تحولی آن و موقعیت فعلی اش در ساختار قدرت و تغییراتی که در ساختار سیاسی کشور بوجود آمده است.سپاه آگاهانه و عامدانه از درز اطلاعات در مورد عملکردش به رسانه ها جلوگیری میکند و افراد مطلع و روزنامه نگاران بجهت خوفی که سپاه بوجود آورده است، از ارائه اطلاعات اجتناب میورزند. لذا اطلاعات کافی برای تحقیق پیرامون سپاه پاسداران وجود ندارد. اين مطالب بر پایه اطلاعات منتشر شده در مطبوعات تهیه شده است و بهمین خاطر میتواند در این و یا آن مورد نادقیق باشد. امیدوارم کسانی که اطلاعاتی در زمینه سپاه و عملکرد آن دارند، به تدقیق شدن مطالب یاری رسانند.مشخصه های سپاه پاسدارانسپاه پاسداران ابتدا یک سازمان سیاسی، عقیدتی و نظامی ـ امنیتی بود. سازمانی که از سه ضلع بهم پیوسته تشکیل میشد. ضلع سیاسی آن بمعنی دفاع از کلیت حکومت در مقابل مخالفین داخلی و خارجی بود. آنزمان در همین ارتباط در سپاه دفتر سیاسی دایر گردید، نشریه سیاسی انتشار یافت و استراتژی سیاسی تدوین شد و بخش جنبشهای رهائی بخش برای صدور انقلاب راه انداخته شد. ضلع ایدئولوژی آن به معنای پذیرش اسلام فقاهتی و عملکرد برپایه آن بود و ضلع سوم نظامی ـ امنیتی بود با هدف حفظ جمهوری اسلامی که به صورت گروهی شبه نظامی سازمان یافته بود.بخشی از بنیانگذاران سپاه به سازمان مجاهدین انقلاب اسلامی تعلق داشتند و لذا سپاه در ابتدا از خصوصیات سیاسی ـ ایدئولوژیک ـ نظامی این جریان تاثیر پذیرفت.سپاه در طول جنگدر سالهای اول انقلاب بعد سیاسی - ایدئولوژیک سپاه غالب بود. اما بعد از آغاز جنگ، صورت نظامی - امنیتی سپاه برجسته شد و سپس با تشکیل وزارت اطلاعات و محول شدن امور امنیتی به آن و برحذر داشتن سپاه از سوی خمینی برای ورود به سیاست، چهره نظامی آن بر چهره های دیگر چیرگی یافت ( نسل دوم سپاه در راه محمد قوچانی ـ روزنامه شرق).سپاه در ابتدا بیشتر به نیروی پارتیزانی شباهت داشت تا یک ارتش منظم با سازمان هیرارشیک. در آنزمان سپاه فاقد درجات نظامی و سازمانبندی همانند ارتش بود(گروهان، گردان، هنگ، لشگر و سپاه). اما در جریان جنگ سپاه از یک نیروی پارتیزانی بیک ارتش منظم گذر کرد و سازماندهی همانند ارتش پیدا نمود.سپاه بخاطر نقشش در سرکوب نیروهای اپوزیسیون و در جنگ ایران و عراق و بجهت اعتماد سران نظام به آن، در تصمیم گیریهای کلان جمهوری اسلامی از جمله در زمینه امنیت کشور و سیاست خارجی در سالهای جنگ شرکت داده میشد.سپاه بعد از جنگوضعیت سیاسی کشور بعد از جنگ تغییر کرد. جنگ حضور سپاه را در تصمیم گیریهای کلان کشور الزامی مینمود، اما بعد از جنگ چنین الزامی وجود نداشت. از سوی دیگر اپوزیسیون در جریان جنگ سرکوب شده بود، مجاهدین در حمله نظامی به شهرهای غرب کشور شکست سختی خورده و زندانیان سیاسی قتل عام شده بودند. بعد از جنگ سازندگی در دستور قرار گرفته بود. لذا موقعیت سپاه در ساختار قدرت تغییر پیدا کرد و نقش خود را بعنوان یک نیروی موثر در تصمیم گیریهای کلان کشور از دست داد.با این وجود سپاه بعد از پایان یافتن جنگ ایران و عراق در دو جهت حرکت کرد:ـ افزایش توان نظامی و تسلیحاتی و پرورش کادرهای متخصصـ فعالیت اقتصادی تحت پوشش سازندگی.برای پیشبرد برنامه سپاه بودجه های کلانی توسط دولت رفسنجانی در اختیار آن قرار گرفت و خامنه ای به سپاه اجازه داد از طریق فعالیتهای اقتصادی به درآمدهای کلان دسترسی داشته باشد. سپاه هم در جهت گسترش تشکیلات خود، راه انداختن صنایع نظامی و دستیابی به تکنولوژیهای مدرن و پرورش کادرهای متخصص و هم راه انداختن قرارگاهها و شرکتهای مختلف برای فعالیت های اقتصادی حرکت کرد. در عین حال پروژه هسته ای در اختیار سپاه قرار گرفت.سپاه بعد از استعفای محمد خاتمی از وزارت ارشاد، وارد حوزه فرهنگی شد و در وزارت ارشاد و صدا و سیما حضور موثری بهم رساند.سپاه از ابتدای تشکیل آن بکار امنیتی میپرداخت و ارگانهای قدرتمندی را هم بوجود آورده بود. همچنانکه گفته شد امور امنیتی با تشکیل وزارت اطلاعات در اوائل دهه ۶۰ از سپاه جدا شد. در دوره خاتمی با ضربه خوردن وزارت اطلاعات در جریان قتلهای زنجیره ای، سپاه به دستور خامنه ای دوباره بکار اطلاعاتی روی آورد و اطلاعات موازی را راه انداخت و کنترل بر فعالیت جریانهای سیاسی، فعالین سیاسی، فرهنگی، روزنامه نگاران و دانشجوئی را بدست گرفت. بدین ترتیب سپاه دوباره وارد حوزه امنیتی گردید.سپاه و دخالت در سیاستسپاه از نیروهای سیاسی ـ نظامی تشکیل شده بود که دارای گرایشهای مختلف اجتماعی و سیاسی بودند. " نیم نگاهی به موسسان سپاه پاسداران ما را با شگفتی مواجه می سازد اگر نام محسن سازگارا را در آن ببینیم و شگفت زده تر خواهیم شد اگر در ادامه دریابیم محسن آرمین، مصطفی تاج زاده، محمدباقر ذوالقدر و یحیی رحیم صفوی روزگاری در یک نهاد با هم همکاری می کردند " ( نسل دوم سپاه در راه محمد قوچانی ـ روزنامه شرق).لذا اولین جناح بندی در جمهوری اسلامی در درون سپاه شکل گرفت و سپس به دولت و مجلس امتداد یافت. نیروهای تشکیل دهنده سپاه دارای گرایشهای چپ و راست بودند و در مقابل هم قرار داشتند. خمینی از شکل گیری چنین شکافی در درون سپاه و آنهم در جریان جنگ با عراق به واهمه افتاد. بهمین خاطر سپاه را از دخالت در سیاست برحذر داشت و عضویت نیروهای مسلح در جریانهای سیاسی را منع نمود. فرمان خمینی بعدا نیروهای انتظامی و امنیتی را هم دربر گرفت. در آنزمان استدلال میشد که: "نیروهای مسلح باید حافظ کلیت نظام و نگاهبان تمامیت ارضی کشور باشند و طرفداری آنها از جناحهای داخلی اولا تعارضات عالم سیاست را به داخل نیروهای مسلح میکشد و در ثانی جناحهای رقیب سیاسی را مجهز به ابزارهائی میکند که که با توسل به آنها میتوانند موقعیت خود را در مسند قدرت تثبیت کرده و در نهایت مانع جابجائی و تداول قدرت شوند."(سیاسی شدن نیروهای مسلح؟ سعید حجاریان).فرمان خمینی منجر به تدوین قوانینی شد که جلو سپاه پاسداران برای دخالت آشکار در سیاست را تا انتخابات مجلس پنجم گرفت. در مرحله اول انتخابات دوره پنجم مجلس عده ای از کاندیداهای کارگزاران سازندگی پیروز و یا به دور دوم راه یافتند. خامنه ای از نتایج مرحله اول انتخابات دوره پنجم مجلس احساس خطر کرد و" لیبرالها" را در سخنرانی خود زیر ضرب گرفت و به سپاه چراغ سبز نشان داد. بدنبال آن فرماند کل سپاه، فرمان عملیات سیاسی را در مراسم صبحگاه لشکر ۷ حضرت رسول صادر کرد و گفت: " ...ما در مرحله دوم باید به صحنه بیائیم و با رای خود نگذاریم لیبرالها و لو یک نفر اینها به مجلس بروند و بخواهند برای ملت و کشور مشکل درست کنند. ..."( کیهان ۲۹ فروردین سال ۱٣۷۵). بعد از انتخابات "حزب الله" طی بیانیه ای اعلام کرد که :"ما با تمام قوا به صحنه آمدیم و جریان انتخابات را به مسیر صحیح هدایت کردیم". و فرمانده سپاه هم از اولین "عملیات سیاسی این نیروی پرافتخار که در کارنامه آن ثبت و حفظ شد" صحبت کرد.بدین ترتیب سپاه بعد از جنگ برای نخستین بار بمثابه یک حزب سیاسی وارد صحنه انتخابات گردید و معادلات را بنفع جناح حاکم تغییر داد.برنامه سپاه برای قبضه قدرتسپاه گرچه در مرحله دوم انتخابات مجلس پنجم، آشکارا در امر سیاست دخالت کرد، ولی از اوائل دهه هفتاد برای قبضه قدرت سمت گرفته بود. سپاه در نخستین قدم عده ای از اعضای دفتر سیاسی سابق و برخی ازفرماندهان نظامی را به روزنامه کیهان روانه کرد و در گام بعدی به وزارت فرهنگ و ارشاد اسلامی و صدا و سیما چنگ انداخت.انتخاب محمد خاتمی در دوم خرداد ۷۶ به ریاست جمهوری ، در برنامه سپاه برای قبضه قدرت وقفه بوجود آورد. با این وجود سپاه برنامه هایش را در اشکال دیگری پیش برد.سپاه بجهت خصوصیات، نوع شکل گیری و نیروهای تشکیل دهنده آن در سطح فرماندهی، حاضر نیست همانند ارتشهای کلاسیک تنها به فعالیت در حوزه نظامی اکتفا کند. سپاه توان و شایستگی خود را بیش از آن می بیند. در بین فرماندهان سپاه عطش سیری ناپذیر برای دخالت در امور سیاسی و کسب قدرت مشاهده میشود.سپاه با در نظر گرفتن نقشش در جنگ ایران و عراق و در سرکوب مخالفین و با توجه به فداکاری نیروهایش در جنگ و قربانیانی که در دفاع از کشور از دست داد، خود را صاحب انقلاب بهمن میداند. فرماندهان سپاه، بارها از فساد در درون روحانیت، ثروت اندوزی آقا زاده ها و از ناتوانی روحانیت در اداره کشور شکوه کرده اند و نارضایتی خود باطلاع خامنه ای رسانده اند. فرماندهان سپاه خودشان را متدین تر از آقازاده ها و متعهدتر از فقها نسبت به اسلام و انقلاب میدانند و بر لیاقت و شایستگی سپاه برای اداره کشور تاکید دارند.عوامل موثر در تقویت موقعیت سپاه پاسدارانموقعیت سپاه پاسداران در طی دو دهه و نیم بجهات مختلف تقویت شده است. اما عوامل موثر در تقویت موقعیت سپاه در سطح کشور و در ساختار قدرت، در دوره جنگ و بعد از آن متفاوت بود:دوره جنگ ایران و عراقدر جنگ های طولانی بخش مهمی از امکانات کشور در اختیار نیروهای نظامی قرار میگیرد و موقعیت نیروهای نظامی بخاطر دفاع از کشور در سطح جامعه و قدرت تقویت میشود. بگفته هارولد لاسول: ".....درگیری طولانی در یک جنگ تمام عیار که علاوه بر سازمانهای تخصصی رزمی، حجم عظیمی از واحدهای شبه نظامی را به صحنه میکشاند و از همه مولفه های قدرت ملی(اعم از جمعیت، ایدئولوژی، توان تولیدی، منابع اولیه ...) استفاده میشود، زمینه مستعدی را فراهم میکند که پس از پایان جنگ شاهد یک دولت پادگانی باشیم". (دولت پادگانی ـ هارولد لاسول).جنگ ایران و عراق جنگی بود طولانی تمام عیار که ٨ سال طول کشید. پایان جنگ به روی کار آمدن بلافاصله دولت پادگانی در ایران منجر نگردید، ولی توان رزمی سپاه در طول جنگ بالا رفت، ساختارهای آن تغییر کرد و موقعیت آن در ساخت قدرت تقویت گردید. در جریان جنگ بخش مهمی از امکانات کشور در اختیار سپاه قرار گرفت که سپاه بعد از جنگ از آن بهره های فراوانی برد( از جمله در فعالیتهای اقتصادی).سپاه در طول جنگ از یک نیروی پارتیزانی بیک ارتش گسترده فراروئید و صاحب سازمان وسیع و کادرهای نظامی گردید. جنگ طولانی مدت ایران و عراق به شکل گیری نیروی شبه نظامی بسیج انجامید که تحت فرماندهی سپاه قرار گرفت و بعد از جنگ هم بحیات خود ادامه داد.دوره بعد از جنگ ایران و عراقدر دوره ریاست جمهوری هاشمی رفسنجانی و بویژه محمد خاتمی عوامل زیر در تقویت بیش از پیش موقعیت سپاه در ساختار جمهوری اسلامی موثر بودند:۱. تکیه به نیروی نظامیخمینی بعنوان رهبر انقلاب اسلامی از مشروعیت کاریزماتیک و سنتی و از حمایت گسترده مردم برخورد بود. خامنه ای که بعد از او در مقام ولی فقیه قرار گرفت، از چنین خصوصیتی برخوردار نبود.بعد از خمینی بتدریج شکاف بین دولت ـ ملت فعال شده، گروههای مختلف اجتماعی از جمهوری اسلامی فاصله گرفته و پایگاه اجتماعی رژیم تضعیف و مقبولیت آن در بین مردم سیر نزولی پیمود. در دوره ریاست جمهوری رفسنجانی ما شاهد گسترش نارضایتی در بین گروههای مختلف اجتماعی بودیم. نارضایتی ها در شورش مردم شهرهای شیراز، مشهد، اراک، قزوین و اسلام شهر جلوه گر شد. در انتخابات دوم خرداد نیز جوانان، زنان و طبقه متوسط شهری به کاندیدای ولی فقیه و جناح حاکم "نه" گفتند. این انتخابات و انتخابات مجلس و شورای محلی نشان داد که پایگاه اجتماعی رژیم بشدت تضعیف شده است.سران جمهوری اسلامی بخاطر فقدان مشروعیت رژیم و تضعیف پایگاه اجتماعی آن و برای سرکوب شورشها و اعتراضات مردم به سپاه متوسل شدند و همانند حکومت های مستبد برای حفظ قدرت راه را برای قدرت گیری سپاه در ساختار سیاسی هموار کردند و امتیازات متعددی برای سپاه و فرماندهان آنها در نظر گرفتند. علیرضا علوی تبار در سخنرانی در مراسم اعتصاب غذا در دفتر مرکزی جبهه مشارکت بر این نکته دست گذاشت و گفت: "امام خمینی بعنوان رهبر انقلاب اسلامی هم مشروعیت کاریزماتیک داشت و هم مشروعیت سنتی، ضمن آنکه از مقبولیت مردمی بالائی برخوردار بود. اما پس از ایشان، مشروعیت کاریزماتیک از بین رفت، مشروعیت سنتی شکل نگرفت و مقبولیت مردمی نیز سیر نزولی پیدا کرد. همین امرباعث نگرانی کانون قدرت نسبت به ادامه حیات خود شد و بستر نظامی گری را فراهم ساخت." او اضافه کرد: "امام خمینی اعتماد به نفس خاصی داشت که او را کمابیش در قبال مسائل بیرونی واکسینه میکرد. در حالی که این اعتماد به نفس بعد از ایشان از بین رفت و بهمین خاطر تلاش میشود با ژست های نظامی خاص، حقارت شخصی پوشانده شود".۲. اصلاحاتبا راه افتادن روزنامه های منتقد در دوره اول ریاست جمهوری خاتمی و با پیروزی پی در پی اصلاح طلبان حکومتی در انتخابات ریاست جمهوری، شوراهای محلی و انتخابات دوره ششم مجلس شورا، خامنه ای و جناح محافظه کار احساس خطر کردند. جناح محافظه کار از جمله روحانیت برای مقابله با اصلاح طلبان حکومتی و جلوگیری از پیشروی آنها، میدان را برای خامنه ای، راست افراطی و سپاه باز کردند. خامنه ای با اتکا به سپاه و ارگانهای امنیتی وابسته به سپاه به جنگ روزنامه ها و فعالین سیاسی رفت.جریان راست افراطی در مقابله با اصلاح طلبان حکومتی، جنبش دانشجوئی، روزنامه نگاران، فعالین ملی ـ مذهبی، نهضت آزادی و نیروهای سکولار ابتکار عمل را بدست گرفت. در این روند موقعیت راست افراطی در ساختار حکومتی تقویت گردید. تقویت موقعیت راست افراطی بمنزله تقویت سپاه بود و تقویت موقعیت سپاه هم بمنزله نیرو گرفتن راست افراطی.٣. حضور امریکا در منطقهدولت بوش با حضور در افغانستان، عراق و دیگر کشورهای منطقه، جمهوری اسلامی را به محاصره در آورده است. سران جمهوری اسلامی در طی چند سال شدیدا نسبت به حمله نظامی امریکا احساس خطر میکردند. یکی از عواملی که راه را برای گسترش نظامی گری و تقویت موقعیت سپاه در ساخت قدرت باز کرد، تهدید نظامی ایران توسط امریکا و دولت اسرائیل و طرح خاورمیانه بزرگ بود.۴. موفقیت سپاه در عراقدر درون جمهوری اسلامی برای مقابله با خطر حمله نظامی امریکا دو سیاست مطرح بود:ـ سیاست همکاری با امریکا در عراقـ سیاست زمین گیر کردن امریکا در عراقدولت خاتمی و اصلاح طلبان بر پیشبرد سیاست اول پای میفشردند و سپاه بر سیاست دوم. نظر سپاه این بود که اگر امریکا در عراق موفق شود، نوبت بعدی ایران خواهد بود. لذا باید امریکا را در عراق زمین گیر کرد تا نتواند به ایران حمله کند. در این چالش خامنه ای طرف سپاه را گرفت و پیشبرد این سیاست را به سپاه پاسداران سپرد. در این ارتباط حتی به وزارت امورخارجه اجازه داده نشد که برای عراق سفیر تعیین کند. سپاه سفیر جمهوری اسلامی در عراق را تعیین کرد.سپاه این ماموریت را به سپاه قدس که سپاه فرامرزی است، محول کرد. سپاه قدس برنامه خود را در دو سو پیش برد. یکسو کمک به جریانهای تروریستی و سوی دیگر کمک به جریانهای مذهبی ـ سیاسی طرفدار جمهوری اسلامی.سپاه پاسداران زمین گیر شدن دولت بوش در عراق را که قابل پیش بینی بود و دلایل متعددی داشت، بدرجاتی بحساب خود نوشته است. سپاه عملکرد خود را در عراق بعنوان برگ برنده بحساب می آورد. سران سپاه بر این نظرند که تحلیل مدیران سیاسی از موقعیت امریکا در عراق نادرست از آب درآمد و تحلیل آنها درست. آنها معتقدند که سیاست اشان در عراق موفقیت آمیز بود و امریکا در عراق به طور کامل شکست خورده است. یحیی رحیم صفوی فرمانده سپاه پاسداران میگوید: " طرحهای استکبار جهانی به رهبری امریکا در عراق بطور کامل با شکست مواجه شده است. امریکائی ها میخواستند با روی کار آمدن یک دولت لائیک و دولت سازی لائیک که مدلی از دمکراسی غربی باشد، دمکراسی غربی را در خاورمیانه ترویج دهند و طرح خاورمیانه بزرگ را به دنیا ارائه دهند." و اضافه میکند:"هزینه های اقتصادی، تلفات نظامی و هزینه های سیاسی در عراق به منفعت سیاسی و ساختار دلخواه امریکائی ها تبدیل نشد. نه پارلمان، نه دولتی که بعد از چهار سال در عراق بروی کار آمده و نه قانون اساسی عراق مطلوب امریکا نیست و برنده اصلی میدان عراق مراجع عظام و تفکر اسلام ناب محمدی است"(سخنرانی سرلشگر یحیی رحیم صفوی در دومین روز همایش مسئولان و مدیران نمایندگی ولی فقیه در سپاه). او در این سخنرانی میگوید که طرحهای امریکا در لبنان هم شکست خورد و نتوانست حزب الله را خلع سلاح کند و دولت لبنان حزب الله را بعنوان یک مقاومت پذیرفت. او به پیروزی حماس در فلسطین هم اشاره میکند.۵. تقویت موقعیت جمهوری اسلامی در منطقهموقعیت جمهوری اسلامی در منطقه نسبت به چند سال قبل تغییر کرده است. با برکناری طالبان و صدام حسین ـ دو دشمن جمهوری اسلامی ـ و زمین گیر شدن امریکا در عراق، پیروزی حماس در فلسطین و پیشبرد پروژه هسته ای از یکسو و از سوی دیگر با روی کارآمدن راست افراطی و یکدست شدن حاکمیت، موقعیت جمهوری اسلامی در منطقه تقویت شده است. بهمین خاطر جمهوری اسلامی در حال حاضر خود را قدرت منطقه ای بحساب میآورد و خواهان برسمیت شناخته شدن آن از جانب امریکا و اتحادیه اروپا است. سپاه تقویت موقعیت جمهوری اسلامی در منطقه را در درجه اول مرهون سیاستها و اقدامات خود میداند.
Publié par پاسداران آزادی à l'adresse 15:30 1 commentaires

_