Nous sommes tous des Iraniens
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Par TEWFIK ALLAL éditeur
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Le sort des Iraniens nous concerne tous, intensément. En ce moment, en Iran, se découvre, sous la figure de l’insurrection, une expérience de liberté politique de premier ordre. Comment ne soutiendrions-nous pas les voix s’opposant à celui qui a dit que «le peuple n’a pas fait la révolution pour introduire la démocratie» ?
L’Iran a été toujours été un laboratoire, un précurseur, et donc, pour nombre de démocrates arabes, un champ d’observation privilégié : déjà, avec Mossadegh, la nationalisation du pétrole précéda les décisions de Nasser de nationaliser le canal de Suez. L’Iran a produit la première révolution mettant des islamistes au pouvoir, à la différence des Frères musulmans qui n’ont jamais détenu de pouvoir d’Etat. L’Iran nous a confrontés à un paradigme politique nouveau qui appelle réflexion et que l’on interroge encore : qu’est-ce qu’une révolution religieuse ? Qu’est-ce que ce populisme ? Quel lien entretient-il avec le fascisme ? Comment les islamistes opèrent-ils une fois au pouvoir ?
La gauche, les gauches, ont parfois sous-estimé les islamistes, les mollahs, en arguant de l’incompétence de ces derniers à gouverner. Par leur alliance avec les technocrates, qui trop souvent se rallient à l’islamisme, les mollahs ont modernisé l’Iran. Si l’on met à part l’expérience soviétique, on est là encore confronté à un modèle de modernisation autre, un schème opposé à celui imposé par Ataturk, mimétique de l’Occident, qui est partout mis en avant. Le pouvoir islamiste a su donner à la société iranienne les moyens de sortir du sous-développement (pensons notamment à la scolarisation massive des filles) et a favorisé par là même un puissant courant réformiste, y compris en son sein, que l’on voit ressurgir aujourd’hui.
Khatami a été à la pointe de ce courant, mais son action fut combattue, autant à l’intérieur, par les conservateurs, qu’à l’extérieur, par les néoconservateurs américains, du fait de l’aveuglement de George W. Bush. Ahmadinejad est la résultante de cette double pression. Maintenant qu’Obama ouvre le jeu, et que la société iranienne réclame les droits et les libertés qui n’ont jamais accompagné la modernisation, les mollahs se sentent menacés dans leur existence, comme le montre le discours de Khamenei, larmoyant et féroce. Et ils posent le problème de leur survie politique en termes d’ultranationalisme : par la voie du nucléaire. Or, s’il y a une région qui doit absolument être dénucléarisée, c’est bien celle du Moyen-Orient.
La fraude électorale et le mensonge d’une fraction des mollahs sont les prémisses d’une guerre destructrice. Le «Vive la mort» et la fraternité virile des pasdarans ne doivent plus avoir cours, les voiles sont presque tombés, la communauté internationale a cessé d’être menaçante pour l’Iran : il faut soutenir tous ceux qui veulent sortir ce pays des cycles du deuil, de la violence martyrologique et de la tentation manichéenne. Les soutenir, et non les précéder, en une sorte d’avant-garde autoproclamée. Le mouvement a sa dynamique et son intelligence, inventant ses mots d’ordre, ses slogans, ses objectifs. Il ne nous appartient pas de les lui souffler du dehors, mais de nous en faire l’écho et de favoriser l’union qui est la marque de toutes les luttes populaires dignes de ce nom : pacifiques, raisonnées, déterminées.
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